Manifestation du 4 septembre prochain
- Un appel citoyen en plein été, pour une initiative dès le premier week-end de septembre, voilà une réaction inédite... La surenchère sécuritaire du gouvernement et le climat de plus en plus ouvertement raciste dans le pays semblent avoir atteint un niveau qui fait réagir ?
Jean-François Mignard : Tout à fait. On a atteint cet été un seuil ; il n’est qu’à voir les réactions tant en France qu’à l’étranger. On était habitué depuis des mois à des moulins verbaux et des pratiques indignes, mais cet été on touche à des choses fondamentales : racisation des attaques, mesures qu’on croyait révolues (déchéance de la nationalité, expulsion sur des bases ethniques ...).
- Depuis l’appel du 4 août dernier, loin de faire marche arrière, le gouvernement a multiplié les annonces en allant encore plus loin sur ses propositions ultra-répressives et discriminatoires. Que peut-on attendre des nombreuses manifestations partout en France de ce samedi 4 septembre ?
J-F Mignard : Ne soyons pas dupes, il s’agit aussi de manœuvres électorales et d’une volonté de braconner à droite de la droite tout en parlant d’autres choses que les scandales politico-financiers... qui d’ailleurs continuent leur train. Il ne s’agit pas d’attendre quelque chose du samedi 4 qui ne soit déjà réalisé : une très forte mobilisation citoyenne et une réaction unitaire de nombreuses organisations. A ce jour, 120 villes verront des rassemblements et des manifestations. Ce n’est pas ça tout seul qui fera reculer, mais ça y contribue.
- Les réactions internationales, les points de vue étrangers semblent plus lucides et plus critiques sur la situation en France. Il y a là quelque chose de paradoxal pour le prétentieux "pays des droits de l’homme".
J-F Mignard : Nous y sommes hélas habitué et la France est condamné à diverses reprises et pour des raisons multiples (politique pénitentiaire, traitement des sans papiers, ...) par les instances internationales. Il n’y aurait paradoxe que si on imaginait que les droits de l’Homme étaient acquis une fois pour toute, et qu’un pays en serait définitivement emblématique. La promotion, le respect, la défense et le développement des droits de l’Homme est un combat de tous les jours. C’est aussi ça la citoyenneté, et des initiatives comme celle du 4 y contribuent.
- Dans le contexte actuel, est-il suffisant de se raccrocher à la défense de la République, de faire appel à ses valeurs affichées ? Il y a maintenant longtemps - et de ce point de vue le pouvoir Sarkozyste n’a rien initié - que c’est au nom de la République que des populations sont opprimées, discriminées sur le territoire national comme en Outre-Mer, dans certains commissariats, devant certaines juridictions, à l’école, sur le marché du travail...
J-F Mignard : Il ne s’agit pas tant de défendre de façon aveugle et a-critique la République en tant que telle, qui a connu bien des dérives, que ses principes fondateurs (c’est le sens du rappel "liberté-égalité-fraternité" dans le titre de l’appel). Là aussi, rien n’est définitivement acquis et les citoyennes et les citoyens doivent se montrer vigilants quant à la politique qui est menée en leur nom.